Dororo [ Mise à jour du 16 mars 2011 ]

Publié le par NeoJin




Dororo est l'une des très nombreuses oeuvres du maitre Osamu Tezuka, paru au Japon en 1968, elle comprend quatres volumes.
J'ai découvert cette petite série très recemment à l'occasion d'une foire aux livres, voyant qu'il n'y avait pas beaucoup de volume ( sorti en France aux éditions Delcourt ), je me décidait donc à tous les acheter.


Car oui, commencer une nouvelle série de Tezuka c’est comme ouvrir un cadeau surprise. De la science-fiction au drame réaliste, existe t'il un seul genre que le maitre n'ait pas abordé ? Cette fois il nous embarque dans le passé légendaire du Japon avec sa redoutable cohorte de démons mythiques et de misères diverses engendrées par une époque chaotique peuplée de créatures humaines ou non,  sans foi ni loi. Le personnage du samouraï au destin tragique poursuivant sa quête et tranchant à tour de bras (c’est le cas de le dire) est le signe qui ne trompe pas: dans la forme donc, Dororo est un Chambara pur et dur. 

Le héros solitaire se nomme Hyakkimaru, enfant, il fut offert en sacrifice à 48 démons pour assouvir l’ambition de son géniteur. Une pauvre petite chose née aveugle,  sans membres et privée de ses sens mais qui a pu vivre et grandir grâce aux prothèses fabriquées par son père adoptif, sorte de Geppetto japonais. Devenu un vagabond pour tenter d’échapper aux démons attirés par l’odeur de la mort, le samouraï privé de beaucoup d'atout devra pourtant les affronter sans relâche.

On se régale du bestiaire très diversifié créé par l’auteur, de la vitalité des combats jamais répétitifs et de la puissante dynamique des mises en page ( un type de dynamique encore utilisé dans les mangas d'aujourd'hui ). Des qualités qui contenteraient beaucoup de mangaka mais qui ne sont qu’un amusement pour Tezuka. Il faut le voir oser transformer le combat final contre le boss en une pièce de théâtre traditionnel Kabuki, ou donner aux paysans terrorisés un look cartoonesque, style dessins animés américains des années 30.
Mais quand Hyakkimaru rencontre Dororo le petit voleur dont l'attitude provocante et excessive semble cacher une profonde détresse, le message universel de l'histoire, comme dans chaques oeuvres de maitre Tezuka, prend toute son ampleur. Toute vie a de la valeur, même celle qui peut nous sembler inutile ou méprisable.

L’horreur et tout le dramatique de l'histoire atteint ici des proportions rarement égalées, mais elle est comme toujours désamorcée par le graphisme caricatural (naif dirons certains ) et un humour de situation, presque choquant ou vulgaire. Est ce de l’indifférence? Non, juste une conscience accrue du dérisoire de la vie et de ces drames.
Les longues analyses complaisantes du ressenti intime, n'est pas le "truc" de Tezuka. Le second volume est dans le même ton, tout aussi excellent, emprunt de tristesse, d'humour et de combat.



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Dans le troisieme tôme, partout les démons malfaisants guettent la faiblesse et l'aveuglement des hommes pour dévorer leurs corps et leurs âmes. Maladie, famine, guerre, les villages s'entretuent, les familles se détruisent. La mort du Goupil vaincu par Hyakkimaru a fait tomber la palissade de la haine ( Tezuka avait il le mur de Berlin en tête lorsqu'il a imaginé cette histoire, c'est plus que probable ) érigée par l'armée de son père et plus rien ne s'oppose à la joie des retrouvailles. Mais Hyakki ne participe pas à l'allégresse générale, il a également vaincu Tahômaru et ce geste détruit à jamais l'espoir insensé qui s'était allumé au fond de son coeur à propos de sa famille c'est éteint...

Avant dernière plongée dans l'univers aussi cruel que délirant où nos deux compagnons d'infortune luttent pour survivre tant qu'ils en ont la force. On y retrouve un Hyakkimaru plus serein après avoir touché le fond du désespoir et un Dororo presque apprivoisé qui ne peut plus cacher son attachement malgré leurs disputes perpétuelles. De nouvelles aventures les attendent, peut-être plus fantaisistes mais toujours plus dynamiques. Tezuka au meilleur de sa forme, crée de nouveaux monstres et enchaînements de cases fluides, des dialogues bruts de décoffrage et petit clins d'oeil au lecteur. Comme la scène du bain forcé qu'impose Hyakki à Dororo, ou l'auteur nous fait croire un instant que ce que l'on soupçonnait pouvait être vrai, petite touche comique encore...

Finalement moins dramatique que les deux précédents, ce volume nous emporte dans un tourbillon trépidant qui refuse toujours de se laisser aller à aux jérémiades. L'auteur ne juge pas et ne fait pas la morale, au sujet d'aucun de ses personnages, aussi mauvais soit ils.

 


Pour ses remises en cause des conditions sociales de cette époque au Japon, la personnalité unique de ses héros et la richesse de son univers, cette série détenait un potentiel énorme. Tezuka qui s’étonnait de l’enthousiasme des fans étrangers ne l’avait-il pas réalisé ? Un personnage tel que l’insolent Dororo est tout bonnement incroyable. Son langage cru, sa provocation, son envie de vivre et d’aimer malgré les souffrances et la laideur de son époque, symbolisent mieux que personne l’esprit de cette histoire.
Même Hyakkimaru l’invincible n’est pas l'archétype sombre et hautain des héros classiques de sa trempe. Il reste spontané, chaleureux et surtout, un libre d'esprit.


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Venons en à présent au point noir de cette oeuvre pour moi : les secrets soigneusement entretenus depuis trois tomes ? Ils sont tout simplement changés en simples formalités expédiées vite fait. Les nombreux monstres que Hyakki devait encore tuer, un trentaine, éliminés dans les dernieres pages par paquets de dix. Les grands sentiments qui tissaient la trame de l’histoire ? Terminé également. Cette conclusion bâclée et amputée de sa suite plante une belle brochette de regrets et de frustrations dans le cœur confiant des lecteurs conquis par les volumes précédents. Comment ne pas ressentir un grand regret en songeant aux nombreux développements que l’on espérait pour le dernier volume et qui nous passent sous le nez ? J'ai même pensé qu'il manquait une partie de l'histoire, tant celle ci était vite expédié...


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Mis à part cette mauvaise chute, le dernier tome de Dororo nous offre malgré tout deux ou trois bons récits où le drôle se mélange toujours au tragique, ainsi que quelques planches réellement superbes. Oui, la taille de la déception est inversement proportionnelle au plaisir ressenti auparavant.

 

Avec Tezuka c’est toujours comme ça, imprévisible, impulsif, imparfait, mais c'est ce qui fait les grandes oeuvres je pense, avec comme toujours, une morale à en tirer. Indispensable en somme à tout les amateurs du maitre ou de manga en général.




Publié dans Manga

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NeoJin 19/03/2011 17:16


Je l'ai effectivement vu en librairie dernierement, indispensable je pense.

Pour ce qui est de l'oeuvre de Tezuka , je connaissais Astro Boy et BlackJack ( que j'aime beaucoup ) et dernierement je me suis mis à Pluto, inspiré d'une histoire de Tezuka mais dessiné par Naoki
Urasawa ( l'auteur de Monster ).


Aurélien 19/03/2011 12:53


Une très belle oeuvre du maitre Tezuka

Je conseille aussi "Osamu Tezuka Le Dieu du Manga" un ouvrage très complet sur sa vie et ses oeuvres