Le Tombeau Des Lucioles

Publié le par NeoJin



Parlons aujourd'hui d'un des meilleurs films d'animation japonais qu'il m'est été donné de voir. Le film a été réalisé par Isao Takahata en 1988 pour les studios Ghibli ( dont Hayao Miyazaki est le co fondateur ).

J'ai vu ce film pour la première fois il y a une dizaine d'années, étant plus jeune, je n'avais pas à cette époque compris le vrai sens de ce film, n'étant pas du tout habitué par ce genre de scénario dans un animé, ce n'est que très recemment que j'ai redécouvert cette oeuvre grandiose ( merci Mojo ), et que j'ai sû l'apprécier à sa juste valeur.

Au mi­lieu du chaos de la Seconde Guerre Mondiale au Japon, que représente le drame humain vécu par deux enfants ? Isao Ta­ka­ha­ta réa­lise son chef d'oeuvre ab­so­lu en abor­dant de manière très sensible l'hor­reur de la guerre à tra­vers l'exemple d'un couple fra­ter­nel, uni comme ja­mais. Entre peur et souf­france, le quo­ti­dien de deux en­fants non pré­pa­rés aux ter­ribles évé­ne­ments d'un atroce mas­sacre... L'im­puis­sance d'une na­tion pour faire face à ce genre de situation et la dé­tresse d'une po­pu­la­tion vic­time du ré­sul­tat san­glant de la vic­toire amé­ri­caine sur le sol ja­po­nais sont d'au­tant mieux re­trans­crites qu'elles ne sont évo­quées que par petites bribes. C'est la jus­tesse de l'interpretation de Ta­ka­ha­ta à tra­vers ses deux per­son­nages prin­ci­paux et le dés­in­té­rêt du conflit lui même au pro­fit du drame hu­main qui fait la gran­deur de ce film. 

Le Tombeau Des Lucioles s'ouvre sur cette phrase : " La nuit du 21 septembre 1945, je suis mort."
 Seita est ados­sé à un pi­lier, plus mort que vi­vant, et il se sou­vient du temps pas si loin­tain ou sa petite soeur était encore vi­vante, il y a un mois seulement en réalité... Du­rant l'été 1945, Kobe est en flamme suite aux bom­bar­de­ments, Seita un adolescent de 14 ans et Set­su­ko, petite fille de 4 ans fuient à l'abri anti bombardements sur les conseils de leurs mère. Dé­sor­mais dé­pour­vus de toutes res­sources, les deux nou­veaux or­phe­lins vont ré­si­der chez leur tante mais ra­pi­de­ment de­ve­nus une gêne pour elle qui reprochera à l'aîné de ne rien faire pour aider la nation et le peuple,  ils décident de s'amé­na­ger un abri confor­table dans un bun­ker, à proxi­mi­té d'un petit point d'eau. Les pre­miers jours sont heu­reux rem­plis d'ex­pé­riences nou­velles et de repas copieux , va bien­tôt suc­cé­der le contre­coup fait de souf­france, de pri­va­tions et de dé­ci­sions allant contre la morale. Dans un pays qui manque de tout, quelle est la place de deux petites vies consi­dé­rées comme in­utiles ? En marge de la so­cié­té de l'époque, vivre et être au­to­nome re­pré­sente le grand défi de deux en­fants obli­gés de gran­dir trop vite...

 La pre­mière par­tie du film nous montre Kobe en flammes, exemple même d'un pays sans es­poir plus aucun espoir de victoire,  ni res­sources pour son peuple. Aux yeux des en­fants, la vé­ri­té éclate : leur mère si pro­tec­trice dis­pa­rue, les voici confron­tés à la dure réa­li­té. Mais Seita use d'in­gé­nio­si­té et d'as­tuce pour faire ou­blier à sa petite soeur les dif­fi­cul­tés quo­ti­diennes. La deuxième par­tie illustre parfaitement cette idée en me­nant le spec­ta­teur dans un voyage ma­gni­fique aux abords de la na­ture. La magie prend alors et le spec­ta­teur de­vient un Set­su­ko trans­por­té par les dé­cou­vertes faites de rires et d'amu­se­ments, ou­bliant le contexte de base, terrifiant. Un contexte qui re­vien­dra lors du dé­noue­ment..


Lu­cioles, su­blimes in­sectes, mais éphé­mères, signes an­non­cia­teurs d'une mort in­évi­table. Brillants de toute leurs force aux plus beaux mo­ments de la nuit mais tris­te­ment re­ve­nus à la réa­li­té le jour, elles sont le por­trait cra­ché de la vie éphé­mère de la petite Set­su­ko. Elle qui éprouve une peur chro­nique des pri­va­tions de bon­bons cache en fait un grand cou­rage de­vant le drame qu'elle se ré­signe à ac­cep­ter petit à petit, de­ve­nir or­phe­line et sur­tout dé­pen­dante de son frère. Si ses pre­mières ré­ac­tions cor­res­pondent aux caprices ca­rac­té­ris­tique de son âge, sa vo­lon­té de ne pas trop se plaindre et de de­ve­nir une vé­ri­table adulte en gar­dant leur tau­dis propre et rangé re­lève du cou­rage le plus pur mais aussi d'une ab­so­lue confiance en son frère pour ar­ran­ger leurs situation. Elle ne dé­sire pas in­quié­ter plus son frère et lui cau­ser de nou­veaux tra­cas. Elle a dé­ci­dé d'ac­cep­ter son mi­sé­rable sort, elle a dé­ci­dé de se lais­ser mou­rir. La guerre lui a gâché sa petite enfance, et enfin sa vie, elle l'a déja. Son sa­cri­fice tend à fa­ci­li­ter la vie de son aîné qui ne le com­pren­dra ja­mais car elle n'a ja­mais eu les mots pour lui expliquer. Set­su­ko est aussi cer­tai­ne­ment l'au­teur du pas­sage le plus émou­vant du film lors­qu'elle an­nonce avoir com­pris le sort de sa mère.

En réalité, je pense que le plus mal­heu­reux est cer­tai­ne­ment Seita. Pré­ser­vant sa soeur, il prend sur lui et as­sume ses res­pon­sa­bi­li­tés. Ses faiblesses le rendent aussi tou­chant que sa pe­tite soeur. Sa constante im­puis­sance à ré­vé­ler la vé­ri­té et sa peur de faire face à la réa­li­té se retrouve dans la créa­tion d'un monde pa­ral­lèle ayant pour but d'amu­ser et faire ou­blier les in­quié­tudes de leur sort à sa soeur. La scène des lu­cioles est cer­tai­ne­ment sa plus belle réus­site sur ce point la envers sa soeur.



Comme son illustre col­lègue Hayao Miya­za­ki, Isao Ta­ka­ha­ta aura réus­si à bou­le­ver­ser un pu­blic ab­so­lu­ment pas pré­pa­ré, comme je l'était à l'époque,  à voir ce dé­luge d'émo­tion. La réa­li­sa­tion du film est exem­plaire, faite de so­brié­té et de plans met­tant en va­leur les per­son­nages. Tout comme les dé­cors, le chara de­si­gn est de type réa­liste et sans excès. Le dou­blage fran­çais est bon car il conserve l'émo­tion alors que l'OST de Yo­shio Ma­miya est tout simplement magnifique.

Des points négatifs au sujet de ce film ? Je ne pense pas,  car même en le re­voyant, le mes­sage et tou­jours por­teur et l'envie d'aider les per­son­nages à sor­tir de cette in­fâme tor­ture pourtant sans issu tou­jours un peu pré­sente. Ce film res­te­ra sans doute en­core long­temps comme l'un des plus beaux de la ja­pa­ni­ma­tion.

Petite vidéo pour finir, même si je vous reccomande de voir celle ci uniquement après avoir vu le film en entier, car en effet, c'est une des scènes cultes du Tombeau Des Lucioles :

Publié dans Manga

Commenter cet article

Katone 13/06/2011 21:33


Ce manga est juste sublime ! c'est une legende au meme titre que totoro ou autre ghibli !


Aurélien 26/11/2010 22:26


Il est sublime ce film !


NeoJin 26/11/2010 23:15



Oui, un des animés les plus émouvant que je connaisse.



Zyrøw 04/11/2010 19:23


C'est un film très connu mais je n'ai jamais eu la chance de le regarder.


NeoJin 05/11/2010 08:27



Regarde le dès que possible, il est vraiment sublime, l'un des nombreux chef d'oeuvre des studios Ghibli !



kaoroo 02/11/2010 09:18


bon film , mais très déprimant


NeoJin 02/11/2010 16:23



C'est vrai, mais ce film est d'une telle beauté que tout amateur d'animé ce doit de l'avoir vu selon moi ^^